Du suivi des cétacés en mer à l’étude hydrobiologique : renforcer la science au cœur de Conkouati-Douli
Qu’il s’agisse de la haute mer ou des eaux intérieures, l’équipe de la conservation du Parc National de Conkouati-Douli franchit une nouvelle étape dans la compréhension et la protection des écosystèmes aquatiques. Ce progrès s’articule autour d’une formation de haut niveau sur le suivi des cétacés aux côtés de Dr Gianna Minton, spécialiste des mammifères marins et membre du consortium pour conservation du dauphin à bosse de l'Atlantique, et du lancement d’une étude hydrobiologique des milieux aquatiques avec Hoel Grenier, expert du bureau d'étude Biotope. Cette double approche scientifique marque un tournant dans le renforcement des méthodes de recherche du parc. Il s’agit d’une immersion au cœur d’un travail rigoureux, où chaque donnée collectée devient un levier concret pour préserver la richesse marine et aquatique du territoire.
English version below


Entretien croisé – Yorick Van Hoef et Prince Makita, deux voix pour de la conservation du Parc
Qu’est-ce qui vous a le plus motivé à participer à cette formation sur le suivi des cétacés ?
Cette formation est née d'une opportunité exceptionnelle. Suite aux ateliers organisés par la Commission Baleinière Internationale (CBI) sur le ByRa (évaluation des risques de captures accidentelles) à Pointe-Noire dans les locaux de Renatura et l’institut Français (IFC), le Dr Gianna Minton a profité de l'occasion pour proposer de nous former directement sur le terrain. Nous avons immédiatement saisi cette chance unique pour toute l'équipe d'apprendre auprès d'une spécialiste mondiale, afin de professionnaliser nos méthodes de suivi et nous aligner sur les standards internationaux.
Quelle a été votre première impression en découvrant le programme et les techniques utilisées pour observer les cétacés en mer ?
Bien que nous pratiquions déjà le suivi avec des techniques similaires, j'ai été frappé par la rigueur du protocole, notamment dans l'organisation avant et après chaque mission. Appliquer le protocole du CCAHD aux côtés de Gianna a été une révélation : de la gestion méticuleuse du matériel à la précision de l’archivage, j’ai compris que la qualité de la recherche repose sur une discipline méthodique et une préparation sans faille.
Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots ce qu’est un inventaire par transect en bateau et en quoi cette méthode est importante pour le suivi des cétacés ?
Un inventaire par transect consiste à parcourir des lignes prédéterminées sur un logiciel de cartographie afin d’échantillonner une partie de l’air d’étude. Tous les cétacés observés de chaque côté du bateau sont consignés sur une fiche précisant la position GPS, l’heure, la distance estimée par rapport au bateau. Cette méthodologie permet d’extrapoler la taille de population en connaissant la superficie échantillonnée par rapport à la surface totale
Quel moment de la formation vous a le plus marqué, que ce soit en salle ou lors des sorties en mer ?
Ce qui m'a le plus marqué c’est la gestion opérationnelle globale. Voir comment chaque mission est planifiée minutieusement, avec un inventaire rigoureux du matériel avant et après chaque sortie, a été un moment fort. L'encodage « à chaud » des données dès le retour de mission, dans une ambiance de travail productive, a parfaitement illustré l’exigence d’un véritable travail de recherche.
Quelles nouvelles compétences avez-vous acquises concernant l’observation et l’identification des cétacés ?
J'ai renforcé ma méthodologie d'identification et la précision de mes relevés. La formation nous a permis d'évaluer notre ancienne approche et d'installer des bases solides sur les meilleures pratiques actuelles. Cela nous permet désormais de contribuer plus efficacement aux efforts de suivi régional de ces espèces emblématiques.
Qu’avez-vous appris sur la gestion scientifique des données, notamment dans le cas des échouages de cétacés ?
Cette formation m’a permis de comprendre que la gestion scientifique des données est une étape essentielle pour garantir la fiabilité des informations collectées. Une donnée mal enregistrée ou incomplète perd rapidement sa valeur scientifique. J’ai également appris que la gestion d’un échouage repose sur une organisation structurée qui commence dès la réception de l’alerte et se poursuit jusqu’à l’intervention sur le terrain et au traitement des informations collectées. Sur le terrain, l’objectif est double : collecter des données scientifiques (mesures morphométriques, photographies et prélèvements biologiques) tout en veillant à la sécurité des personnes présentes. J’ai aussi compris que l’implication et la sensibilisation des communautés locales jouent un rôle déterminant, car ce sont souvent elles qui signalent les échouages et facilitent la remontée de l’information.
Comment la présence et l’expertise du Dr Gianna Minton ont-elles enrichi votre apprentissage ?
La présence du Dr Gianna Minton a été déterminante car elle nous a transmis un véritable savoir-faire méthodologique. Au-delà de ses connaissances théoriques, c'est sa rigueur dans l'organisation, de la gestion du matériel jusqu'à l'encodage final des données, qui a transformé ma vision du travail. Elle a su transmettre les meilleures pratiques pour une recherche durable et responsable, nous permettant ainsi de continuer sur une base plus solide pour contribuer plus efficacement aux efforts de suivi des cétacés déjà présent au parc.
Vous avez également mené une étude sur l’hydrobiologie avec Hoel GRENIER. Qu’avez-vous découvert sur l’importance de cet aspect pour comprendre l’écosystème aquatique ?
L’hydrobiologie permet de mieux comprendre le fonctionnement et l’état écologique des écosystèmes aquatiques en analysant à la fois les caractéristiques physico-chimiques de l’eau et les réponses biologiques des organismes vivant. J’ai découvert que les paramètres physico-chimiques comme la température ou l’oxygène dissous influencent directement les conditions de vie des organismes et déterminent la structure des communautés biologiques. L’étude du plancton ou des macro-invertébrés benthiques permet d’évaluer la santé du milieu : le plancton reflète souvent les conditions environnementales à court terme, tandis que les macro-invertébrés benthiques, moins mobiles, sont de bons indicateurs des changements sur le long terme. On comprend par-là que l’hydrobiologie joue un rôle clé pour comprendre la dynamique et la santé globale des écosystèmes aquatiques.
En quoi ces nouvelles connaissances vont-elles contribuer au travail de recherche et de conservation au Parc National de Conkouati-Douli ?
Elles vont nous permettre de mettre en place un protocole de suivi permanent pour les systèmes hydrologiques du parc (lac, lagune, fleuve). C'est une première qui nous permet de diagnostiquer l'état de santé de ces écosystèmes et de justifier nos actions de conservation par des preuves scientifiques solides.
Après cette formation et cette étude, quel message aimeriez-vous transmettre au public sur l’importance de protéger les cétacés et les écosystèmes marins ?
Le message que je souhaite porter est celui de la responsabilité et de l'action immédiate. Le patrimoine marin de Conkouati et ses cétacés sont une richesse inestimable qui exige une protection sans faille. Cette formation m'a prouvé que la passion doit s'accompagner d'une rigueur scientifique exemplaire pour être efficace. Nous devons comprendre que la dégradation de nos écosystèmes marins est une menace directe pour notre propre avenir. Il est temps que chaque citoyen prenne conscience de la fragilité de ce « trésor bleu » au Congo et s'engage avec énergie pour sa préservation, afin que les générations futures héritent d'une nature encore vivante et florissante.

From marine cetaceans monitoring to hydrobiological studies: strengthening science at the heart of Conkouati-Douli
Whether in the open or inland waters, the conservation team at Conkouati-Douli National Park is reaching a new milestone in understanding and protecting of aquatic ecosystems. This progress is built around two key initiatives : high-level training in cetacean monitoring alongside Dr Gianna Minton, a marine mammal specialist and member of the Atlantic Humpback Dolphin Conservation Consortium, and the launch of a hydrobiological study of aquatic environments with Hoel Grenier, an expert from the Biotope environmental consultancy. This dual scientific approach marks a turning point in strengthening the park’s research methods. It represents an immersion into rigorous fieldwork, where every data point collected becomes a concrete tool for preserving the territory’s marine and aquatic richness.
Maryleine Louemba, Communications and Marketing Assistant, Yorick Van Hoef, Head of Research and Conservation, and Prince Makita, Marine Assistant


Joint interview – Yorick Van Hoef and Prince Makita, two voices for conservation
What motivated you the most to participate in this cetacean monitoring training?
This training grew out of an exceptional opportunity. Following workshop organized by the International Whaling Commission (IWC) on ByRa (bycatch risk assessment) in Pointe Noire with our partnaire Renatura and French Insitute (IFC), Dr Gianna Minton took the opportunity to offer us direct field training. We immediately seized this unique chance for the whole team to learn from a world-renowned specialist, in order to professionalize our monitoring methods and align them with international standards.
What was your first impression when discovering the program and the techniques used to observe cetaceans at sea?
Although we were already practicing monitoring with similar techniques, I was immediately struck by the rigor of the protocol, particularly in the organization of the work before and after each mission. Applying the CCAHD protocol alongside Gianna was a revelation : from the meticulous management of equipment to the precision of archiving, I realized that the quality of research depends on methodical discipline and flawless preparation.
Could you briefly explain what a boat-based transect survey is and why this method is important for monitoring cetaceans?
A transect survey consists of following predetermined routes on mapping software to sample a portion of the study area. All cetaceans observed on either side of the boat are recorded on a data form specifying the GPS position, time, and estimated distance from the boat. This methodology allows us to extrapolate the population size by knowing the sampled area relative to the total surface area.
What moment of the training made thegreatest impression on you, whether in the classroom or during the sea outings?
What struck me most was the overall operational management. Seeing how each mission is meticulously planned, with a rigorous equipment check before and after every outing, was a highlight. The « real-time » encoding of data immediately upon returning from a mission, within a productive work atmosphere, perfectly illustrated the exacting standards of true research work.
What new skills have you acquired regarding the observation and identification of cetaceans?
I have strengthened my identification methodology and the precision of my data collection. The training allowed us to evaluate our previous approach and establish a solid foundation based on current best practices. This now enables us to contribute more effectively to regional monitoring efforts for these iconic species.
What did you learn about scientific data management, particularly in the case of cetacean strandings
This training helped me understand that scientific data management is an essential step in ensuring the reliability of the information collected. Poorly recorded or incomplete data quickly lose its scientific value. I also learned that managing a stranding relies on a structured organisation that starts from the moment an alert is received and continues through to the field intervention and the processing of collected information. In the field, the aim is twofold : to collect scientific data (morphometric measurements, photographs and biological samples) while ensuring the safety of those present. I also realised that the involvement and awareness of local communities play a decisive role, as they are often the ones who report strandings and facilitate the flow of information.
How did Dr Gianna Minton presence and expertise enrich your learning?
Dr Gianna Minton presence was decisive because she shared genuine methodological expertise with us. Beyond her theoretical knowledge, it was her rigor in organisation – from equipment management to final data encoding – that transformed my vision of the work. She passed on best practices for sustainable and responsible research , allowing us move forward on a solid footing to contribute more effectively to the cetacean monitoring efforts already underway in the park.
You also conducted a study on hydrobiology with Hoel Grenier. What did you discover about the importance of this aspect for understanding aquatic ecosystems?
Hydrobiology helps us better understand the functioning and ecological health of aquatic ecosystems by analyzing both the physicochemical characteristics of the water and the biological responses of living organisms. I discovered that physicochemical parameters, such as temperature or dissolved oxygen, directly influence the living conditions of organisms and determine the structure of biological communities. Studying plankton or benthic macroinvertebrates allows us to assess the health of the environment: plankton often reflects short-term environmental conditions, while less mobile benthic macroinvertebrates are good indicators of long-term changes. We now understand that hydrobiology plays a key role in understanding the dynamics and overall health of aquatic ecosystems.
How will this new knowledge contribute to research and conservation work in Conkouati-Douli National Park?
It will allow us to implement a permanent monitoring protocol for the park's hydrological systems (lakes, lagoons, rivers). This is a first that enables us to diagnose the health of these ecosystems and justify our conservation actions with solid scientific evidence.
After this training and study, what message would you like to convey to the public about the importance of protecting cetaceans and marine ecosystems?
The message I want to convey is one of responsibility and immediate action. Conkouati’s marine heritage and its cetaceans are an invaluable treasure that demands unwavering protection. This training proved to me that passion must be accompanied by exemplary scientific rigor to be effective. We must understand that the degradation of our marine ecosystems is a direct threat to our own future. It is time for every citizen to become aware of the fragility of this "blue treasure" in Congo and engage energetically in its preservation, so that future generations inherit a nature that is still vibrant and flourishing.










Certaines photos du suivi des cétacés ont été prises par le Dr Gianna Minton
